Image tirée du documentaire "Les femmes de la Terre" Edouard Bergeon

Par Françoise Le Moine - biographe , Juillet 2026

Temps de lecture estimé : 2 min


Derrière chaque ferme, une histoire de femme à transmettre

Je travaille souvent en Côtes d’Armor et dans le Morbihan, deux départements à la longue histoire agricole. J’y croise souvent des femmes agricultrices dont l’histoire et le métier ont été longtemps invisibilisés.

Elles sont restées à la traîne de la grande modernisation de l’agriculture. Pour elles, les choses se sont faites plus lentement, plus silencieusement.

Une biographie sert aussi à cela : redonner sa juste place aux femmes de sa famille.

 

La longue attente d’une véritable reconnaissance professionnelle 

Jusqu’en 1980, la place des femmes dans les exploitations agricoles dépendait de leur statut matrimonial. Elles sont avant tout des « femmes de » et non des professionnelles à part entière. Leur travail est considéré comme une aide apportée à leur mari, lui-même reconnu comme chef d’exploitation.

La première avancée notable intervient avec la reconnaissance du statut de co-exploitante. Les femmes peuvent enfin signer des documents administratifs et participer officiellement à la gestion de la ferme. Ce n’est qu’en 1985 que les époux peuvent s’associer au sein d’une même ferme.

La prise en compte de la pénibilité de leur travail

La modernisation de l’agriculture, n’y a rien changé, la répartition des tâches a longtemps suivi la même organisation : les hommes sur leur tracteur, tandis que les femmes s'occupent du bétail, de la traite, des volailles.

Entre soin aux animaux et travail domestique, leur horizon était la cour de la ferme. Quand il s’agissait de moderniser la ferme, le tracteur était toujours prioritaire par rapport à la trayeuse ou à l’installation de l’eau courante…

Le jour du mariage de ma sœur, un détail m’avait particulièrement frappée. Au moment de l’office civil, j’avais retenu cette phrase :
 – Louisette Labbé, fille de Henri Labbé, agriculteur et de Francine Boulin, son épouse, sans profession. – Je chuchotais à l’oreille de mon mari : “maman, sans profession ? Ils ont dû se tromper !” 

Je vis, aussi, le visage de maman se crisper. Et pour cause ! Chaque jour elle travaille plus de dix heures sur l’exploitation familiale, sept jours sur sept, sans compter les heures consacrées à son foyer. Et soudain, elle se voyait officiellement sans profession. 

Anne-Marie Crolais, - L'agricultrice 
 France Loisirs, 1982

Le poids des traditions

Dans les années 60 et 70, plusieurs générations pouvaient encore vivre sous le même toit. Et avec la transmission des fermes de père en fils, la femme agricultrice était souvent la « pièce rapportée ». Son avis comptait peu. Le jeune ménage n’avait pas d’intimité et les décisions se prenaient encore avec les parents du mari. Le regard de la belle-mère était un jugement permanent sur toute la vie quotidienne. Dans ces circonstances, l’émancipation des femmes était freinée face au poids des habitudes. 

Rien à raconter, vraiment ?

Une biographie est souvent l’occasion de d’affirmer la place des mamans et des grands-mères dans l’histoire de sa famille. Toutes ces mentions à l’état civil de « sans-profession » ou de « ménagère » dissimulent leur histoire qui mérite pourtant d’être transmise et expliquée. C’est tout le travail d’une biographique réalisé avec la confiance nouée au fil des entretiens.

 

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